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Franck Lavigne et Danang Sri Hadmoko lauréats 2023 de l’Académie des sciences

Les deux scientifiques ont reçu le 17 octobre dernier, sous la coupole de l’Institut de France, le prix Tremplin de coopération bilatérale en recherche ASEAN de l’Académie des sciences. Ce prix récompense leurs travaux de recherche communs sur les risques naturels en Indonésie dans le cadre du projet INDOPAST qui s’appuie sur une démarche scientifique participative.

Franck Lavigne est professeur de géographie à Paris 1 Panthéon-Sorbonne, membre honoraire de l’Institut Universitaire de France, membre et ancien directeur du Laboratoire de Géographie Physique (UMR 8591), responsable scientifique et technique du LabEx DynamiTe. Il travaille sur les risques naturels, particulièrement en Indonésie dans le cadre de nombreux projets de recherche sur les tsunamis et les impacts des éruptions volcaniques, de l’échelle locale à l’échelle globale. Danang Sri Hadmoko est « assistant professor » à l’Université Gadjah Mada de Yogyakarta en Indonésie où il dirige la faculté de géographie et membre du Pusat Studi Bencana Alam (PSBA − Centre d’études des catastrophes naturelles). Il a obtenu sa thèse de doctorat à l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne en 2009. Ses recherches récentes portent surtout sur les risques naturels dans des régions montagneuses, en particulier aux risques volcaniques et aux lahars (coulées boueuses d’origine volcanique).

Leur projet INDOPAST (constructing INDOnesian landscape evolution using local knowledge: PArticipatory STratigraphy), s’inscrit dans le cadre d’une coopération scientifique franco-indonésienne qui perdure depuis 20 ans,  récompensée par le Prix Tremplin de coopération bilatérale en recherche ASEAN 2023. Décerné par l’Académie des sciences et le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, ce prix vise à mettre en valeur et à renforcer des coopérations bilatérales en recherche déjà engagées entre deux équipes, l’une française et l’autre issue d’un des sept pays éligibles que sont la Thaïlande, le Cambodge, l’Indonésie, la Malaisie, les Philippines, Singapour et le Vietnam.

Cultiver les ressources de savoir local

Franck Lavigne s’intéresse depuis une dizaine d’années aux catastrophes passées qui s’avèrent d’une grande aide pour prédire et prévenir les catastrophes futures. La stratigraphie, qui consiste à cartographier les strates superficielles du sous-sol, permet de reconstituer des topographies pré-éruptives et donc l’histoire des territoires pour mieux les connaître. Les sols volcaniques indonésiens sont riches d’importantes informations sur les éruptions successives qui les ont construits. Déterminer leur nature et leur constitution est le défi que relève les équipes de Franck Lavigne et Danang Sri Hadmoko. Malheureusement, la collecte de données géoscientifiques s’avère difficile, voire inapplicable dans certaines localisations où les terrains sont instables et dangereux. Leur projet INDOPAST s’inscrit dans une science participative qui tire parti des connaissances des habitants. Il s’appuie sur le constat que les populations possèdent un grand savoir sur l’histoire environnementale de leur territoire. En étudiant les traces de l’éruption volcanique du Samalas (1257) dans les strates du sol (notamment décelables par la présence de pierres ponces résultant de fragments de lave éjectée), Franck Lavigne s’est rendu compte que les connaissances des puisatiers de Lombok sur la localisation de ces roches volcaniques accéléraient considérablement ses recherches. La finalité du projet INDOPAST est ainsi de reconstituer l’évolution des paysages indonésiens en palliant la carence de données géoscientifiques par la connaissance locale du sous-sol. Grâce à l’utilisation de stratigraphie participative, il démontre que les données issues de sciences sociales peuvent être utilisées pour complémenter les données provenant des géosciences. L’échange entre les scientifiques et la population locale s’effectue à double sens, puisque les informations géologiques collectées par les chercheurs vont également aider les puisatiers dans leur travail, et parfois même les avertir sur les zones à risques naturels découvertes.

Plus d’informations sur le site de Paris 1 Panthéon-Sorbonne