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Environnements Quaternaires et Actuels - UMR 8591

              

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Ateliers Pédagogiques 1

publié le , mis à jour le

"Percevoir et dire le changement"

Lundi 3 novembre 2014 – 14 h à 16 h 30

Auditorium du bâtiment « Le France » - (Niveau -1) 190 Av. de France, Paris 13e

Cet atelier croise l’analyse de spécialistes des sociétés anciennes, des paléo-environnements avec celle de chercheurs travaillant sur la perception du milieu et de ses mutations par les sociétés vivant en régions arctiques. Comment, à partir des vestiges du passé mais aussi à partir des témoignages du présent, les chercheurs peuvent-ils percevoir "le" changement dans les sociétés et comment (et si) peut-il être lié aux variations du climat ? Comment les sociétés actuelles vivant dans les milieux froids expriment-elles les changements ?

Emmanuèle Gautier (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne) - Le mot d’accueil & d’introduction
Le projet pédagogique « Les Mondes du Froid » soutenu par Hesam se propose de quitter les cadres universitaires « classiques » pour ouvrir aux étudiants et chercheurs les recherches menées en sciences humaines et sociales sur les milieux et sociétés « du froid » aussi bien passés qu’actuels.
Organisées en demi-journées, les Ateliers pédagogiques sont chacun centrés sur un thème transversal bien particulier.

Claire Alix (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne), Anne Bridault (CNRS, Archéologies et Sciences de l’Antiquité – UMR 7041, Nanterre)
Déchiffrer et comprendre le changement à l’échelle du temps long : perspective archéologique
La perception du changement s’appréhende à différentes échelles, selon que l’on travaille sur un temps « court », celui de quelques générations (mémoire vivante de l’individu et du groupe), ou sur un temps long (plusieurs millénaires). Archéologues et préhistoriens doivent en effet appréhender la question du changement selon une résolution temporelle lâche, en incluant la question des héritages socio-environnementaux et des prises de décision. De récents programmes interdisciplinaires consacrés à l’étude des changements climatiques passés, montrent combien il est important, non seulement de définir précisément ce qui change et à quel rythme, mais aussi d’interpréter ces changements et leurs conséquences sur les conditions de vie des sociétés préhistoriques.
Comment peut-on en archéologie reconstituer les stratégies que les sociétés ont mises en place par le passé ? Comment peut-on parler du risque sur la base des données archéologiques ? Dans cette présentation, nous traiterons de l’interface entre sociétés et milieux froids dans le contexte des changements climatiques du passé. Ces questions seront traitées et illustrées par des exemples tirés de nos travaux, respectivement sur la période d’instabilité climatique liée au processus de réchauffement durant le Tardiglaciaire en Europe du nord-ouest et sur l’émergence de la culture Inuit dans le détroit de Béring au cours des deux premiers millénaires apr. J.-C. une période marquée par de fortes variations climatiques.

Béatrice Collignon (Université Bordeaux-Montaigne - UMR 5185 ADESS / GDR 3062 Mutations polaires)
Un monde qui change ou un monde labile ? Ce que les Inuit savent de leur milieu et des êtres humains
Au cours des deux dernières décennies la recherche polaire a mis l’accent sur la rapidité des changements environnementaux et culturels qui touchent l’ensemble de la zone arctique. Si les mutations sont indéniables, il peut être intéressant d’interroger la pertinence du concept même de changement, auquel on les relie. Pour ce faire, il est utile d’appréhender les processus en cours depuis un autre point de vue, celui des Inuit et de leur savoir sur leur milieu et sur les êtres humains.
Les études consacrées aux savoirs autochtones ont montré que le savoir géographique des Inuit insiste sur la grande labilité des milieux arctiques. Le changement est en effet la règle dans un environnement perçu comme très dynamique, et ce à toutes les échelles du temps. D’un moment à l’autre, une situation peut complètement se retourner et de favorable devenir très défavorable, et inversement. Mis à part le cycle annuel de la luminosité, nul ne saurait compter sur une quelconque régularité des conditions météorologiques saisonnières ou des migrations d’un gibier toujours en mouvement. Il convient au contraire d’être toujours prêt pour l’imprévu, l’inhabituel. Aussi n’est-il pas raisonnable de se lamenter des changements, ou de s’en inquiéter. Car le mouvement et la transformation sont le propre de nuna (la terre dans son sens le plus général, c’est-à-dire y compris l’océan – eau libre ou banquise) tout comme de ses habitants (êtres vivants, humains et non-humains), qui non seulement se déplacent constamment mais changent eux-aussi.
La fameuse capacité d’adaptation des Inuit, une qualité qu’eux-mêmes mettent volontiers en exergue quand ils doivent s’auto-qualifier, repose sur ce que les Inuit savent des êtres humains – donc d’eux-mêmes – et mettent en avant et valorisent : leur labilité et leur autonomie. La vie de chacun est comprise comme un parcours, le long duquel il convient de développer divers aspects de sa personnalité, de démontrer sa capacité à être différent selon les contextes – du lieu et du moment. L’environnement, constitué du milieu physique et des êtres vivants, notamment les animaux et les êtres humains, appréhendés à la fois à l’échelle individuelle et collective, est un système labile, dont toutes les composantes sont aussi labiles.
Mon intervention insistera sur le cadre conceptuel qu’offre le savoir inuit pour appréhender ce que les scientifiques qualifient de « changement », et sur la façon dont ce cadre explique certaines réponses locales aux mutations culturelles et environnementales dont les populations inuit font l’expérience au quotidien. Je terminerai en évoquant les nouvelles perspectives que ces conceptions, prises aux sérieux, offrent aux scientifiques pour comprendre les « changements » en cours dans la zone arctique.